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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 16:04
Par David Chappat - Ecrire un commentaire
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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 18:26

 

 

Les Français aiment la politique. Ils l'ont montré à la fin de l'année dernière en se déplaçant massivement pour le vote de la primaire socialiste (2,9 millions de votants au second tour) et lors des quatre débats retransmis par les chaînes de télévision qui, chacun, ont rassemblé en moyenne près de cinq millions de téléspectateurs. Aujourd'hui, à quelque cent jours du premier tour de l'élection présidentielle, les télévisions se mettent en ordre de marche pour des audiences qui s'annoncent prometteuses. Aux soirées spéciales, débats, magazines et reportages, s'ajouteront de nombreux documentaires qui, depuis plusieurs années, explorent en direct les coulisses de la campagne ou reviennent, avec archives et témoignages, sur les grands moments de la vie politique.

"Il y a une réelle appétence et une grande gourmandise de la part des téléspectateurs pour ce genre documentaire car les politiques restent, quoi qu'on en dise, des interlocuteurs qui peuvent donner des clés", explique Dana Hastier, responsable des documentaires sur France 3. En décembre, la chaîne a été la première à ouvrir le bal en diffusant plusieurs documentaires politiques comme Le Diable de la République consacré à Jean-Marie Le Pen, La Saga des écolos ou La Folle Histoire des présidentielles. Les audiences ont été variables mais, selon Dana Hastier "ces films contribuent fortement à l'image et à l'identité de la chaîne".

Débat à la suite de la diffusion du documentaire sur le "Diable de la République" 

 

Cet engouement est le même sur Canal+ qui, depuis longtemps, propose des documentaires sur les coulisses des campagnes électorales. "Nous nous intéressons à la politique au sens large avec des investigations dans tous les domainesde la société", précise Christine Cauquelin, directrice des documentaires de Canal+. "Décrypter le monde contemporain tout en ayant un regard politique sur la vie de la cité fait partie intégrante de notre ligne éditoriale", poursuit-elle, en soulignant les très bons indices de satisfaction de ces documentaires auprès des abonnés. A l'exemple de L'Improbable scénario de Benoît Bringer et Pierre Tourdes sur les coulisses de la primaire socialiste diffusé au mois d'octobre en crypté et qui a recueilli un indice de satisfaction "exceptionnel" de 5,6 sur 6.

"On revient de loin", souligne Patrick Rotman, un des pionniers du genre, avec à son actif une vingtaine de documentaires historiques sur François Mitterrand, Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy. "Les chaînes ont mis longtemps à se rendre compte que les documentaires politiques pouvaient intéresser les télé-spectateurs, car elles ne voyaient pas ce que c'était, dit-il. Il a fallu faire tout un travail de défrichage, quasiment de pédagogie. Les sujets pouvaient paraître sensibles politiquement et certains responsables ne voulaient pas d'ennuis. Ils avaient peur de représailles." En effet, il n'est pas si loin le temps où Valéry Giscard d'Estaing a pu bloquer vingt-huit ans le film de Raymond Depardon sur sa campagne électorale de 1974 intitulé Partie de campagne, dont la première diffusion à la télévision sur Arte n'a eu lieu qu'en 2002.

                          Patrick Rotman                                                     Serge Moati

A en croire les producteurs et réalisateurs spécialisés dans ce genre, la frilosité des chaînes a disparu. "Il existe évidemment des discussions sur la construction d'un documentaire, mais je n'ai jamais connu aucune censure de leur part", assure Serge Moati, qui a suivi in vivo avec sa petite caméra les coulisses de toutes les grandes élections depuis 1986. "Le vrai problème est l'horaire de programmation des films diffusés en deuxième, voire troisième partie de soirée, ce qui pénalise l'audience", regrette le réalisateur qui, à travers "L'Elysée, la vraie campagne", propose chaque mois sur France 3 depuis octobre2011 un "feuilleton du réel" sur les coulisses de la présidentielle. Un film de 90 minutes en première partie de soirée sera également diffusé le 7 mai, au lendemain du second tour.

Avec le temps, ces films d'histoire récente ou immédiate sont devenus des documents d'archives exceptionnels. De nombreux témoins ont révélé de nombreux faits jusque-là restés obscurs ou secrets. Ils se livrent plus facilement en estimant que, par leur récit, ils contribuent à l'Histoire et y resteront. D'où, parfois, certaines révélations. "Ce sont des documents inestimables", estime Serge Moati. "Lorsque j'ai travaillé sur Mitterrand ou Chirac, il m'a fallu faire les fonds de tiroir pour trouver de bonnes archives", rappelle, de son côté, Patrick Rotman qui, toutefois, reconnaît n'avoir jamais rencontré trop de difficultés pour faire parler ses interlocuteurs face à une caméra. "C'est d'abord un rapport de confiance. Sur quarante entretiens, il y en a toujours une dizaine de formidables. Ils savent que l'on ne tronque pas leur récit, qui est toujours replacé historiquement dans son contexte. Il en sort toujours une forme de vérité et de sincérité. C'est comme une psychanalyse", précise-t-il.

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                             William Karel                                               Raymond Depardon 

Avec ses rebondissements, intrigues, jalousies, traîtrises et coups tordus, le monde politique génère une dramaturgie naturelle qui ne peut que séduire. "C'est vrai que les personnages politiques et les situations sont formidablement cinématographiques", reconnaît William Karel, qui a tourné ce genre de documentaires tant en Europe (Tony Blair, Margaret Thatcher, Lionel Jospin…) qu'aux Etats-Unis avec, entre autres, la saga sur George Bush. "Les politiques ont moins peur de la caméra, ils l'appréhendent mieux, dit-il. Ce rapport reste toujours ambigu, mais ils sont moins dans la langue de bois".

"Malgré leurs conseillers en communication qui veulent tout contrôler, ils n'hésitent plus trop à se livrer", confirme Serge Moati, qui filme ses interlocuteurs "avec empathie. Il m'arrive de rester des heures à ne rien faire, à attendre le bon moment et, parfois, il vient tout seul et c'est magique", dit-il.

Mais, au fil des ans, les choses ont changé. "La meute" de photographes et de cameramen n'a fait qu'augmenter, rendant le travail de plus en plus difficile. "Désormais, tout le monde peut filmer un événement avec un smartphone, mais tout le monde n'est pas metteur en scène", insiste-t-il, en rappelant que "le documentaire nécessitera toujours un point de vue, une façon de filmer, un montage et une déontologie".

 

Un huis clos entre Chirac et Mitterrand

 

Longtemps tenue secrète, l'affaire a été révélée par le journaliste Franz-Olivier Giesbert dans son premier livre consacré à François Mitterrand. En novembre1980, six mois avant la présidentielle de 1981, un dîner entre François Mitterrand, alors premier secrétaire du Parti socialiste, et Jacques Chirac, à l'époque maire de Paris et secrétaire général du RPR, a eu lieu chez Edith Cresson. Le but: élaborer une stratégie pour faire perdre Valéry Giscard d'Estaing, président sortant et candidat à sa réélection.

Cet épisode de la vie politique va devenir un documentaire. Réalisé par William Karel pour France Télévisions, auteur du décapant Looking for Nicolas Sarkozy diffusé le 21 décembre sur Arte, il s'intitulera Un dîner en ville et reconstituera "en temps réel" (une heure) à huis clos ce fameux dîner, déjà évoqué en 2006 par Patrick Rotman dans son documentaire consacré à Jacques Chirac sur France 2. Mais contrairement à son habitude, William Karel n'utilisera pas d'archives (sauf une image de Valéry Giscard d'Estaing aperçu sur un écran de télévision) et ne s'entretiendra pas avec les témoins.

Il a décidé de réaliser un docu-fiction en confiant les rôles des deux anciens présidents à deux acteurs: Jean-François Balmer (François Mitterrand) et Hippolyte Girardot (Jacques Chirac). Les dialogues seront reconstitués.

Pour mener à bien son projet – démarré il y a trois ans –, William Karel s'appuiera sur les nombreux entretiens qu'il a eus avec Valéry Giscard d'Estaing au cours de ses précédents documentaires. "Il m'a raconté avoir lui-même enquêté pour savoir si cette rencontre avait bien eu lieu", explique William Karel. Dans le troisième tome de ses Mémoires (Editions Nil), l'ex-président de la République explique que François Mitterrand, le 15 décembre 1995, alors très malade, lui aurait confirmé ce dîner. Sur son lit de mort, il lui a raconté que, ce soir-là, Chirac avait annoncé vouloir "se débarrasser de Giscard!". "Je n'ai été élu que grâce aux 550000 voix que m'a apportées Jacques Chirac au deuxième tour", confia Mitterrand à Giscard. Maquillant sa voix, Giscard a raconté qu'entre les deux tours de 1981, il avait lui-même téléphoné à la permanence du RPR pour savoir pour qui voter. "Pour Mitterrand!", lui avait répondu sans hésiter son interlocuteur.

Par Daniel Psenny

 

 

 

Source :

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2012/01/13/les-docus-se-piquent-de-politique_1629485_3236.html

http://www.youtube.com/watch?v=0q6nHrONzZI

Par David Chappat - Ecrire un commentaire
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 21:29

 

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Les Echos - Les réactions de la classe politique

Le gouvernement

Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères a estimé samedi que la perte par la France de sa notation triple A n'était « pas un cataclysme », appelant le pays au « sang-froid » et à la « persévérance » dans les réformes économiques. « Je veux insister sur le fait que cette agence (Standard & Poor's, NDLR) a dégradé non pas la France, mais a pris en considération la situation de la zone euro », a estimé le chef de la diplomatie à son arrivée à Rangoun, où il est arrivé en fin de journée pour un voyage de deux jours au cours duquel il doit prendre le pouls des réformes politiques en Birmanie. « Il faut donc réagir avec sang-froid, ce n'est pas en dramatisant que l'on servira les intérêts du pays, je regrette que certains s'affolent ».

Frédéric Lefebvre, secrétaire d'Etat au Commerce : « Nous sommes en face d'un jugement d'une agence de notation. Une autre agence vient de confirmer le triple A. Que chacun reste mesuré. La France a choisi le chemin de l'effort et du courage (...) A Bercy nous accompagnons les acteurs de l'économie réelle pour les aider à conquérir des marchés mondiaux, investir dans l'avenir. Le gouvernement garde son sang froid et pense à la suite (communiqué)

Gérard Longuet, , ministre de la Défense et des Anciens combattants : « la perte du « triple A » concerne toute la France. Personne ne doit aujourd'hui s'en servir comme argument électoral. On aurait pu attendre de la part du Parti Socialiste davantage de responsabilité dans la conduite de notre politique économique. Le refus de voter la règle d'or illustre malheureusement cette fuite en avant d'un parti qui a largement contribué à affaiblir, dès 1981, depuis les années Mitterrand, par des mesures démagogiques, la situation économique de la France. (communiqué).

Les candidats à la Présidentielle

François Hollande, candidat socialiste à l'élection présidentielle française, estime ce samedi matin que la bataille du président Nicolas Sarkozy pour conserver la note « AAA » attribuée par les agences à la dette de la France « a été perdue », ajoutant : « Je le regrette ». « C'est une politique qui a été dégradée » et « la politique menée depuis 2007 qui est mise en cause », a affirmé François Hollande, dans une déclaration solennelle depuis son QG de campagne à Paris.

François Bayrou, candidat du MoDem à la présidentielle : «Toutes les déclarations optimistes et péremptoires de ces dernières mois sont donc cruellement démenties par les faits». «C'est en réalité une double dégradation», à la fois de «notre note souveraine, qui va affecter la réputation de notre pays» mais aussi «par rapport à notre principal voisin, l'Allemagne, avec qui jusqu'à maintenant nous mettions largement en scène notre égalité de statut». «Notre statut en Europe va souffrir symboliquement et donc politiquement». «En dépit des avertissements multiples, notamment sur les déficits et la dette, ces dernières années auront conduit à un affaiblissement de notre pays, non pas un affaiblissement venu de l'extérieur mais un affaiblissement continu dû à la situation intérieure de la France». Samedi il a également jugé qu'il y avait « une co-responsabilité » de l'UMP et du PS et des « gouvernements successifs ».

Eva Joly, candidate d'EELV à la présidentielle : « La dégradation de la note de la France traduit l'échec de la politique du gouvernement et l'échec de la politique de Nicolas Sarkozy, de ses cadeaux fiscaux, et démontre que la politique d'austérité qui n'était pas demandée par les agences de notation de cette façon, a été inopérante ». « Plus que jamais, il est temps de redresser la barre, l'austérité ça ne sert à rien, comme on le voit en Grèce » car alors « le pays se bloque et l'économie se dégrade ». Eva Joly a aussi fustigé les « mesures inutiles et contre-performantes » des politiques d'austérité qui « créent le malheur ». Pour elle, Nicolas Sarkozy « a aggravé la crise qui était déjà là en 2007, c'est le moment qu'il a choisi pour introduire le bouclier fiscal. Sa politique de cadeaux a contribué à aggraver les déficits ». Dans ces conditions, elle a jugé que la campagne présidentielle était d'une « grande incertitude » et « difficilement anticipable ».

Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche : « L'agence de notation Standard&Poors déclare la guerre de la finance contre la France. Il faut résister », a écrit le candidat à la présidentielle dans un communiqué. « La Banque Centrale doit annoncer immédiatement qu'elle prêtera à la France à un taux très bas. Faute de quoi il faut suspendre les versement français au budget de l'Union européenne et couvrir les prochaines tranches avec un emprunt forcé sur les banques françaises qui viennent d'être gavées par la BCE ».

Marine Le Pen, présidente du Front national : « C'est la fin du mythe du président protecteur (...). Ca disqualifie tous ceux qui de, Nicolas Sarkozy à François Hollande en passant par François Bayrou, ont défendu et imposé la monnaie unique ».

Jean-Pierre Chevènement,candidat MRC à l'élection présidentielle : »La perte du triple A par la France illustre la toute-puissance des marchés financiers et le fait que notre politique se fait désormais à la corbeille, contrairement aux assertions du Président de la république. Elle sanctionne surtout la cécité de nos élites, dont la monnaie unique a été depuis des décennies le projet commun ». « La perte du triple A va fragiliser la zone euro. Il n'est pas sûr que la France puisse contribuer encore longtemps au Fonds européen de stabilité financière. L'Allemagne ne pourra pas demeurer le seul contributeur d'une zone euro transformée en tonneau des Danaïdes. Ou bien elle acceptera que la BCE puisse recourir à la création monétaire, ou bien il sera temps alors d'organiser la mutation de l'euro, de monnaie unique en monnaie commune. » (communiqué)

Christine Boutin, candidate du Parti chrétien-démocrate : « Nicolas Sarkozy est maintenant au pied du mur, ce n'est plus le temps des mesurettes ». « Ce matin, tout le monde débattait d'une inscription du mariage homosexuel dans le projet de Nicolas Sarkozy et maintenant, nous perdons le triple A... Je souligne le décalage dans l'urgence des décisions à prendre ».

Les autres politiques :

Michel Sapin, chargé du projet présidentiel de François Hollande : les investisseurs peuvent encore « avoir confiance » en la France, mais plus en Nicolas Sarkozy, « président dégradé », a-t-il déclaré en réaction à l'intervention de François Fillon sur la perte du tripe A. « En la France, ils peuvent avoir confiance, parce que la France a des atouts, des capacités, la France se redressera si une autre politique est menée. Mais dans ce président de la République et la politique qu'il a menée, ils ne peuvent plus avoir confiance », a répondu M. Sapin à France Info.

Ségolène Royal, ex-candidate à l'Elysée : «Je demande d'urgence une réforme du système bancaire. C'est la financiarisation de l'économie qui nous affaiblit». «Il faut que les petites et moyennes entreprises de notre pays trouvent d'urgence un accès au crédit pour relancer l'activité économique». «Tant que les banques commanderont au lieu d'obéir, l'économie française se dégradera».

Philippe Marini, président UMP de la commission des Finances du Sénat : « C'est un évènement qui a déjà été très largement commenté et dont les conséquences en matière de taux pour le financement de la dette ont déjà été intégrés ».

Jean-Marie Le Guen, député PS de Paris : « C'est d'abord une terrible nouvelle pour la France, notre pays va payer très lourdement les conséquences de cette décision ». « C'est un triple échec pour Nicolas Sarkozy : échec de sa politique économique depuis 5 ans qui a a mené la France dans cette situation », « échec de la gestion de la crise », et « échec social ». « Nous ne sommes pas égaux devant la crise », « la France est particulièrement visée parce qu'elle a accru sa dette de façon inconsidérée par un laxisme fiscal que nous n'avons cessé de dénoncer » (sur BFM-TV).

Yvan Lachaud, président du groupe Nouveau centre à l'Assemblée nationale, « adresse un carton rouge à ceux qui veulent exploiter l'abaissement de la note de la France par une agence de notation financière à des fins purement politiciennes (...) On assiste ce soir à un déchaînement de réactions contre Nicolas Sarkozy alors que la situation de la dette de la France n'est pas comme une génération spontanée apparue sous ce quinquennat, elle est le fruit de 30 ans de politiques budgétaires laxistes que les centristes ont toujours dénoncées avec force » (...) .« Le seul discours responsable, celui partagé aujourd'hui par le Président de la République, consiste à dire aux Français que le problème de nos déficits publics est préoccupant et sérieux. Le chemin pour en sortir passera par des efforts qui doivent être partagés et équilibrés pour être acceptés par tous ». (communiqué).

Claude Bartolone, député socialiste : « M. Sarkozy aura beau jeu de minimiser les effets de cette dégradation et de tenter de reporter la responsabilité sur Jaurès, Blum, Mitterrand ou d'autres. Non seulement il porte la responsabilité exclusive de cet échec, mais en plus il en est trois fois coupable. ». « En l'espace d'un quinquennat, M. Sarkozy est à la fois coupable d'avoir creusé la dette de 612 milliards, coupable d'avoir dilapidé 75 milliards dans des cadeaux fiscaux, et coupable d'avoir éteint les moteurs de la croissance que sont l'industrie et la consommation des ménages ». (communiqué)

Laurent Hénard, député, secrétaire général du Parti radical: « le Parti radical rappelle que Jean-Louis Borloo et les députés radicaux ont déposé en décembre dernier une proposition de loi « Paquet Justice fiscale », décomposée en 4 mesures, qui rapporterait 24 milliards d'euros et permettrait la reconquête de la maîtrise des comptes publics, par des recettes justes, équitables sans peser sur les ménages français et l'économie réelle. Aussi, le Parti Radical réitère sa demande que celle-ci soit inscrite dans les plus brefs délais à l'ordre du jour de l'Assemblée Nationale » (communiqué).

- Axel Poniatowski (UMP), président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale : « Le triple A français n'est abaissé que d'un cran plutôt que de deux comme attendu, ce qui est finalement une bonne nouvelle (...) L'on peut cependant tirer deux enseignements de cette dégradation : le premier confirme la perspicacité de la politique économique menée par Nicolas Sarkozy depuis le début de la crise (...) Le second enseignement sonne comme une mise en garde. La France doit continuer le chemin des réformes en faisant le choix, non pas d'un président dépensier et timoré, mais en conservant un chef d'Etat visionnaire et protecteur ». (communiqué).

Les partenaires sociaux

Jean-François Roubaud, président de la CGPME : « Il est évident que ce n'est pas un signal positif et ce n'est pas ce qui va améliorer le moral de nos chefs d'entreprise et de l'économie française ». « Evidemment, on va être encore un peu plus dans l'attentisme en ce qui concerne les investissements, les embauches, etc. ». « Ce que je crains aussi, c'est une restriction un peu plus importante du crédit dans les mois à venir », a-t-il dit, tout en espérant que « les taux d'intérêt tiennent déjà compte pour une grande partie de cette dégradation » attendue depuis plusieurs semaines. Les patrons avaient besoin de « signes tangibles d'amélioration » et en percevaient déjà un dans l'amélioration de leurs carnets de commande en trois mois, mais « cette perte du triple A ne va pas aller dans le bon sens ».

 

 

Le Monde

 

 

La perte du triple A et la croissance faible

Une politique de réformes fondée sur la seule austérité n'est pas une solution. Le laxisme budgétaire est impossible. La France est donc sur le fil du rasoir : elle n'a pas d'autre choix que de poursuivre le redressement annoncé de ses finances publiques, tout en trouvant le moyen de ne pas s'enkyster durablement dans une croissance faible. Telle est la teneur principale du message délivré par Standard & Poor's dans les attendus de sa décision de dégradation.

L'agence de notation américaine évalue à « une sur trois » la probabilité d'une nouvelle dégradation en 2012 et 2013. Une telle perspective deviendrait réalité si les finances publiques de la France s'écartaient de la trajectoire de redressement prévue.

A contrario, précise S & P, la note française pourrait être stabilisée à son niveau actuel (AA+) si  les autorités réussissent à réduire encore le déficit public de façon à stabiliser la part de la dette publique dans le produit intérieur brut (PIB) d'ici deux à trois ans et à mettre en place des réformes qui permettent de soutenir la croissance économique.

« Les mesures budgétaires annoncées jusqu'à maintenant par le gouvernement français pourraient se révéler insuffisantes pour atteindre les objectifs de déficit public prévus en 2012 [4,5% du PIB] et en 2013 [3%] si la croissance devait être inférieure aux prévisions gouvernementales [respectivement de 1% et 2%]. Si le déficit public français devait rester proche de ses niveaux actuels, ce qui entraînerait une augmentation progressive du ratio dette publique sur PIB de plus de 80% actuellement à plus de 100%, ou si la croissance économique devait rester durablement faible, cela pourrait conduire à une dégradation supplémentaire d'un cran de la note de la France », précise S & P.

De ce point de vue, comme l'ont discrètement noté les économistes d'HSBC dans une étude du 15 janvier, les prévisions de croissance «trop optimistes » du gouvernement pour 2012 et au-delà se sont révélées contre-productives.  A partir de là, écrivent-ils, le risque est que les taux d'intérêt continuent d'augmenter. Si la dégradation de la note souveraine de la France alourdissait de 100 points de base les taux d'intérêt sur les OAT (obligations assimilables du Trésor) à dix ans, le charge de la dette pourrait augmenter de 3 milliards en 2012, de 4,6 milliards en 2013 et de 6 milliards en 2014, ajoutent-ils. A partir d'un certain niveau de taux d'intérêt (5% et au-delà), le risque existe que le ratio dette publique sur PIB ne puisse pas être stabilisé avant 2020.

L'un des principaux problèmes qui se posera au futur président à au gouvernement qui sortira des urnes à la mi-2012, est donc de trouver les moyens de désendetter le pays tout en retrouvant le chemin de la croissance.

Dans une analyse publiée lundi 16 janvier, Patrick Artus, Chief Economist de Natixis, fait observer que « l'affaiblissement de la croissance à court terme dû aux politiques budgétaires n'aurait pas de conséquence grave sur la solvabilité budgétaire de la France si la croissance potentielle du pays était plus forte ». Or, note-t-il, celle-ci étant « de l'ordre de 1% par an au mieux »« il n'y a donc pas de perspective compensatrice de croissance forte à moyen terme après la croissance quasi-nulle de 2012 en France ».

Agir sur la croissance potentielle est possible : « il ne s'agit pas d'agir sur la demande à court terme : il s'agit de stimuler l'offre ». Patrick Artus l'estime possible « même à un horizon temporel assez court, si une réforme fiscale réduit le coût du travail » en particulier dans l'industrie. Au-delà de sa dimension tactique dans la campagne présidentielle, l'offensive de Nicolas Sarkozy sur la TVA sociale s'explique pour une large part par ces mêmes raisons.

Réforme des agences de notations

"Ce ne sont pas les agences qui doivent déterminer les politiques publiques à mener." C'est le point sur lequel s'accordent les différents partis politiques français, après la dégradation de la note souveraine de la France de AAA à AA+, vendredi 13 janvier, par l'agence de notation Standard & Poor's (S & P). L'ensemble des candidats à la présidentielle jugent démesuré le poids accordé aux trois principales agences mondiales : S & P, Moody's et Fitch. Les deux premières sont américaines. Toutes sont privées et se partagent 90 % du marché de la notation financière mondiale.

Depuis leur création, Moody's, Standard & Poor's et Fitch ont à de nombreuses reprises été conspuées, notamment pour leur rôle dans les crises économiques. Les critiques à leur encontre ont redoublé depuis la crise financière de 2008 : conflit d'intérêts, méthodes contestables, moyens limités...

Quant aux solutions préconisées pour réduire le pouvoir des agences de notation, chacun a sa formule. Une proposition domine les débats : celle de créer une agence de notation européenne. C'est le souhait du PS et le MoDem semble également tenté par cette option. Les écologistes proposent une variante. L'UMP, qui veut recadrer le travail des agences de notation, est contre. De leur côté, le FN et le Parti de gauche entendent contourner les agences actuelles.

"RÔLE DÉMESURÉ"

Depuis la crise financière de 2008, Nicolas Sarkozy tient des propos très critiques à l'encontre des agences de notation, qu'il souhaite réguler. Il a tour à tour exigé le contrôle de celles "qui ont été défaillantes", lors de son discours de Toulon, le 25 septembre 2008, demandé des sanctions à leur encontre, en octobre 2008, répété son souhait de les voir passer sous contrôle, en avril 2009 ou dénoncé leur rôle démesuré, en mai 2010.

M. Sarkozy assure aujourd'hui que ce ne sont pas ces sociétés qui dictent sa politique. Malgré deux textes adoptés par la Commission européenne, depuis 2009, pour réguler leur activité, sans que leur influence ait pour autant été significativement réduite.

Si l'UMP ne détaille pas sa position concernant les agences de notation dans son projet présidentiel, le secrétaire national du parti chargé de la fiscalité, Jérôme Chartier, joint par Le Monde.fr, souhaite que "les banques centrales établissent elles-mêmes, chacune pour ce qui les concerne, leurs propres critères de notation sur les titres de dette qu'elles acceptent en garantie de financement". Objectif : empêcher que les agences de notation émettent un avis qui devienne structurant pour les banques centrales.

"Cela déchargerait les agences de notation – qui ont trop de pouvoir malgré elles – d'une responsabilité dont elles ne veulent pas", précise le député UMP du Val-d'Oise. M. Chartier, qui ne veut "pas tirer à boulets rouges sur les agences de notation", estime que "les banques centrales se sont reposées sur les critères de ces agences par facilité". M. Chartier se dit par ailleurs opposé à la création d'une agence de notation européenne publique : "Personne ne suivrait son point de vue, qui serait perçu comme subjectif."

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a justement appelé, lundi, à "apprendre à se passer" des agences de notation.

"AGENCE PUBLIQUE EUROPÉENNE"

François Hollande défend lui une position différente : "La meilleure façon de protéger la France, c'est de faire l'effort de redressement dans la justice et de mettre en place au niveau européen les instruments pour vaincre la spéculation. Dans cet esprit, je relancerai l'idée d'une agence publique européenne de notation", a déclaré le candidat socialiste, dans un entretien au Monde daté du 16 janvier  (en édition abonnés).

Le directeur de campagne du candidat socialiste, Pierre Moscovici, interrogé par Le Monde.fr, indique que M. Hollande "ne veut pas se mettre dans la main des agences de notation", contrairement à "Nicolas Sarkozy qui leur a accordé un poids tel qu'il a soumis sa politique à leur jugement, en faisant du triple A un trésor national, et en sanctifiant leur avis".

"Les agences de notation ont des critères, des capitaux et des moments particuliers dans leur prise de décision", souligne M. Moscovici. "François Hollande pense qu'il est possible de leur permettre d'agir en toute autonomie. Il propose une agence de notation européenne, qui serait publique et permettrait d'évaluer la situation des finances de la zone euro de manière objective et sereine, sans que cette décision soit un couperet ou une promotion", explique M. Moscovici.

"François Hollande proposera la mise en place de cette agence à ses partenaires du Conseil européen, au début du quinquennat", précise-t-il.

La mise en place d'une agence de notation européenne figure dans le programme présidentiel du PS (voir page 15, en PDF). Le parti propose "d'établir une agence de notation publique sous l'égide de l'Eurogroupe", estimant qu'il "n'est pas légitime que trois agences de notation contrôlent plus de 85 % du marché mondial de l'estimation des risques pris par les banques, les entreprises, les collectivités locales et les Etats emprunteurs, et que le coût du crédit oscille selon la note qu'elles attribuent".

La Commission européenne a déjà manifesté son opposition à un tel projet. En septembre 2011, le président de la Commission, José Manuel Barroso, a écarté l'idée d'une agence de notation publique européenne.

"SOUVERAINETÉ MENACÉE"

Dans son projet présidentiel, le FN ne précise pas sa position sur le sujet, écrivant seulement que "la souveraineté de la France est menacée sous la pression grandissante des marchés et des agences de notation".

Interrogé par Le Monde.fr, le directeur stratégique de la campagne de Marine Le Pen, Florian Philippot, indique que le Front national veut "prendre le mal à la racine". Le parti souhaite "mettre fin au monopole des marchés financiers dans le financement de notre dette en redonnant la possibilité à la Banque de France de prêter directement à l'Etat français".

Florian Philippot pense que la mise en œuvre de cette réforme "permettra à l'Etat de réduire sa dépendance à l'égard des marchés financiers et d'emprunter à un taux plus bas". Il juge illusoire de vouloir changer la gouvernance des agences de notation ou d'en créer une autre pour les contourner. "Les marchés financiers se créeront alors un autre baromètre, qui jouera le même rôle que les agences de notation actuelles", estime-t-il.

"LE RÔLE DE LA COMMISSION"

Le candidat du MoDem, François Bayrou, juge qu'"il est de la responsabilité des institutions européennes de garantir la vérité des chiffres et la loyauté des engagements pris". Dans ce sens, le centriste estime que "c'est le rôle de la Commission européenne d'être la première agence de notation ou de faire naître auprès d'elle une agence de notation, prévisible et lisible pour tous les acteurs économiques et politiques". "Ma conviction est qu'il sera de la responsabilité de la Banque centrale européenne [BCE] d'intervenir pour empêcher une dégradation de la situation lorsque nous en serons menacés", a-t-il déclaré, samedi, lors d'un discours à Paris sur le redressement de la France.

Le député européen Robert Rochefort, spécialiste des questions économiques au sein du parti, a déjà plaidé de son côté pour "la création d'une agence européenne indépendante", sans laquelle "le rôle néfaste des agences de notation financière ne changerait pas". Pour M. Rochefort, cette agence européenne aurait le mérite de "créer du pluralisme dans les évaluations" face aux trois grandes, dont il remet en question l'indépendance et l'objectivité.

"UNE RUSTINE"

"Le Front de gauche veut empêcher les agences de notation de nuire, en leur interdisant de noter les Etats", explique Eric Coquerel, conseiller spécial de Jean-Luc Mélenchon, interrogé par Le Monde.fr. M. Coquerel ne préconise pas la création d'une agence publique européenne, qui ne serait, selon lui, qu'"une rustine".

D'une manière générale, M. Coquerel pense aussi qu'"il faut attaquer ce qui permet aux agences de prospérer : le système libéral et les marchés financiers, à qui on a abandonné le contrôle des politiques économiques dans un marché libre et sans contrainte". Pour le conseiller spécial de Jean-Luc Mélenchon, "les responsables politiques doivent être aux commandes et reprendre le contrôle sur les marchés financiers et les banques centrales pour réduire l'influence des agences de notation".

EVA JOLY PROPOSE UN "JUSTE MILIEU"

Europe Ecologie-Les Verts préconise également d'"inciter fortement l'Europe à créer des agences de notations publiques" dans son projet pour 2012

Interrogé par Le Monde.fr, le député européen Pascal Canfin, conseiller économique d'Eva Joly, explique qu'il n'est pas favorable à la mise en place d'une agence publique pour évaluer la note d'un Etat. Pour trouver "un juste milieu", M. Canfin juge préférable de confier cette tâche à une fondation publique, dans laquelle l'ensemble des parties prenantes (Etats, Commission européenne, banques centrales, agences de notation et investisseurs) seraient représentées, de manière à éviter des conflits d'intérêts publics.

Le conseiller économique d'Eva Joly avance quatre propositions : "Retirer des textes européens les références faites aux notes des agences de notation" ; obliger les agences à intégrer les risques sociaux et environnementaux, alors qu'elles n'ont aujourd'hui qu'une approche financière ; prendre des mesures pour empêcher les conflis d'intérêts privés, en empêchant à un investisseur d'être à la fois client et actionnaire d'une agence de notation. Enfin, M. Canfin veut "interdire aux agences de notation de faire des préconisations de politiques publiques".

Par Alexandre Lemarié

 

Dégradation 13 janvier 2012 perte triple a france

 

 

 

Sources : 

 

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0201842345147-perte-du-aaa-toutes-les-reactions-275053.php

http://www.rtl.fr/actualites/politique/article/le-face-a-face-du-mardi-sarkozy-peut-il-etre-tenu-pour-responsable-de-la-perte-du-triple-a-7742338523

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/17/presidentielle-ce-que-proposent-les-candidats-pour-reguler-les-agences-de-notation_1630021_1471069.html

http://bercy.blog.lemonde.fr/2012/01/16/la-perte-du-triple-aaa-et-le-piege-de-la-croissance-faible/

Par David Chappat - Ecrire un commentaire
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 19:41

 

Libération

Si on doit juger de la qualité d’un film à l’état dans lequel il nous met, alors Inside Job est un chef-d’œuvre. En tout cas d’efficacité. Après deux heures de décorticage de ce qui a constitué la plus grave crise financière depuis la Grande Dépression des années 30, le spectateur moyen ne peut pas échapper à l’envie irrésistible de pendre par les pieds, avec plumes et goudron, tout ce qui ressemble à un banquier de Wall Street, un professeur de finance à Harvard ou un conseiller économique du président américain, républicain comme démocrate. Il n’est pas impossible non plus d’être saisi par le découragement. Puisqu’il ne fait guère de doute que rien, ou si peu, n’a changé dans le fonctionnement de la finance mondialisée (lire ci-contre)… Et ce, malgré les sermons mondialisés des derniers G20.

Pédagogique. Presque un an après la sortie de Capitalism : A Love Story,le film de Michael Moore, Inside Job est une indispensable piqûre de rappel pour ne surtout pas oublier cette édifiante histoire des subprimes. Autant Capitalism était un pamphlet drôle et subversif qui assumait de ne rien comprendre aux subtilités de la finance moderne, autant Inside Job revendique une rigueur journalistique et une vocation pédagogique. L’auteur, Charles Ferguson, ne recule devant aucune difficulté, comme par exemple expliquer ce que peuvent bien recouvrir ces mots barbares de CDS (credit default swap), CDO (collaterized debt obligation) ou ventes à découvert… qui ont été popularisés par la crise. Malgré ce louable effort, il peut néanmoins arriver au spectateur néophyte de perdre un peu le fil. C’est la grande force et à la fois la (petite) faiblesse du film : grâce à un montage très serré d’une trentaine d’intervenants, tout va très vite. Et parfois trop. Par exemple, le film ne fait qu’évoquer en quelques secondes la décision, pourtant décisive, du Trésor américain de ne pas sauver de la faillite la banque d’affaires Lehman Brothers.

Mais Fergusson donne la possibilité à chacun de remonter dans le train de son film grâce à des témoignages percutants. Et très souvent édifiants sur la mauvaise foi des principaux accusés. Si Inside Job ne révèle pas d’éléments nouveaux dans le déroulé de la crise, plusieurs séquences méritent à elles seules le détour. Au choix, on retiendra : les bégaiements embarrassés (et donc désopilants) de Frederic Mishkin, professeur d’économie à la Columbia Business School et, surtout, ancien membre du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale entre 2006 et 2008 ; le cynisme imperturbable de Scott Talbott, lobbyiste en chef des banques américaines, et la réaction de Glenn Hubbard, conseiller économique dans l’administration Bush et actuel doyen de la Columbia University Business School, qui décide de couper court à l’entretien au moment où le journaliste évoque ses conflits d’intérêts d’universitaire.

Pincettes. Si la morale du film apparaît imparable (cette crise est le résultat d’une politique de dérégulation menée depuis vingt ans et assumée par républicains et démocrates, tous sous l’influence du lobby de Wall Street), la conclusion est à prendre avec des pincettes. L’auteur laisse entendre que la réponse de l’Europe en matière de régulation a été bien plus vigoureuse que celle des Etats-Unis. On aimerait le croire. La réalité est un peu différente. Si l’Europe a en effet été en pointe sur les questions de bonus et de taxe bancaire, Obama a lui tenté (et partiellement réussi) de séparer au sein des banques les activités de spéculation de celle de dépôts. Sujet totalement tabou en Europe.

 

L'expansion

"Un crime commis de l'intérieur", InsideJob, le long métrage de l'américain Charles Ferguson porte bien son nom. Ce documentaire a pour dessein de dévoiler l'effrayante vérité qui se cache derrière la crise de 2008. Par une série d'entretiens avec les grands acteurs de la finance américaine, des hommes politiques et des journalistes, le réalisateur tente de retracer l'émergence d'une industrie scélérate, la finance, qui pendant des années se serait goinfrée sur le dos de ses concitoyens.

Des banques capables de parier sur l'écroulement des produits financiers qu'elles vendent à leurs propres clients. Des économistes qui vantent les mérites de la dérégulation à outrance. Des hommes politiques sous la coupe d'une industrie financière toute puissante... Entre cupidité et irresponsabilité, les détails du film donnent la nausée. Il rappelle par exemple que les régulateurs ont donné le feu-vert à la fusion Citicorp- Travelersen 1998, à une époque où le Glass Steagall Act l'interdisait encore. Ou que le projet de régulation des produits dérivés a été bloqué par Larry Summers, alors en poste au Trésor. Les chiffres aussi sont éloquents. Entre 1998 et 2008, le secteur financier a dépensé plus de 5 milliards de dollars en frais de lobbying et dons politiques. En moins de 10 ans les prêts subprimes sont passés de 30 milliards par an à plus de 600 milliards de dollars...

Le film n'épargne personne. Les gouvernements surtout, de Reagan à Clinton, en passant par les Bush père et fils, ont tous laissé faire. La Fed, pourtant régulièrement alertée par les associations de consommateurs, n'a fait que favoriser la dérégulation. Tout comme la SEC, qui n'a jamais vraiment tenu son rôle d'enquêteur, ou encore les agences de notations payées par les banques dont elles notaient les produits financiers. Le monde académique n'échappe pas non plus au terrible examen. Le film s'attaque en effet aux rapports incestueux entre les banques et les universitaires de renoms, qui s'enrichissent en douce dans les conseils d'administration des entreprises. Larry Summers, qui devient président de Harvard en 2001 après son passage au Trésor déclare un patrimoine compris entre 16,5 et 39,5 millions de dollars. "No comment", réagit Martin Feldstein, qui siégeait au CA d'AIG alors qu'il enseignait à Harvard. Deux ans après l'explosion de la crise financière, face caméra, les grosses têtes de Wall Street qui ont accepté la confrontation refusent toujours d'admettre leur responsabilité...

C'est le "meilleur film d'horreur de l'année ", estimait à Cannes Thierry Frémeaux, le directeur du Festival. Un film catastrophe en effet, mais qui mérite aussi un peu de nuance. A regarder cette efficace démonstration, on pourrait être tenté de penser que l'élite financière américaine est la seule responsable. Faux. Les subprimes existaient ailleurs, en Espagne par exemple. Et les banques européennes n'ont jamais craché non plus sur les subprimes pour engranger davantage de profits. Quant à l'Union Européenne, perçue comme la bonne élève des marchés, elle n'est certainement pas exempte de toutes critiques. La réforme de la régulation européenne, pourtant montrée en exemple dans le film, n'est toujours pas achevée, quand celle des Etats-Unis , certes insuffisante, a déjà été adoptée depuis longtemps.Un film avec peu de nuances

Autre surprise du film, la part belle faite à Christine Lagarde, qui aurait prévenu Hank Paulson en février 2008 de la catastrophe qui était en train de se préparer. Est-ce bien la même personne qui en août 2008 annonçait que le plus gros de la crise était passé? Comme visionnaire, on a déjà vu mieux! Le réalisateur semble aussi oublier un peu vite que la France n'a pas été plus loin que les Etats-Unis dans le processus de limitation des rémunérations. Et qu'elle a aussi renfloué ses établissements financiers, sans grande contrepartie. La vision proposée de la Chine, perçue comme la grande victime de la crise financière, est également surprenante. Alors même qu'aujourd'hui, elle n'est prête à faire aucune concession pour sauver le système économique mondial.

Pas grand chose à redire sur la forme du film. Si ce n'est peut-être que le temps passé à interroger une mère maquerelle pour la faire témoigner sur la prostitution et la drogue à Wall Street paraît étrangement disproportionné, comparé à la courte allocution de Nouriel Roubini. Les blancs et réponses embarassées des interviewés sont presque trop nombreux. Quant à la fin, elle est carrément grotesque. "Il y a des choses qui valent une bataille" plaide Matt Damon, le commentateur oscarisé, sur un gros plan de la statue de la liberté !

Quoi qu'il en soit, ce film vaut le coup d'oeil. Le public non averti devrait y trouver des éléments pour comprendre la crise. Et mieux appréhender l'avenir. Car comme le rappelle Charles Ferguson, les principaux instigateurs du désastre de 2008 détiennent toujours les clés du pouvoir. Malgré ses velléités de régulation, Barack Obama s'est entouré des mêmes personnes qui ont défendu la libéralisation à outrance. Timothy Geithner, qui s'est illustré à la Fed comme un dérégulateur, est actuellement au Trésor. Son directeur de cabinet est Mark Petterson, un ancien lobbyiste de Goldman Sachs. Quant à Ben Bernanke, il est toujours à la tête de la Fed...

 

 

Sources : 

http://www.liberation.fr/economie/01012302670-inside-job-les-effets-specieux-de-la-finance

http://lexpansion.lexpress.fr/economie/inside-job-la-crise-financiere-primee-aux-oscars_242669.html

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